Vincent Manouvrier, naît le deux juin 1970 à Nantes en Loire-Atlantique. Après un passage à l’atelier Met de Penninghen, aux Beaux arts d’Orléans et à l'Ecole Supérieure de Design Industriel, il consacre une partie de son travail à la peinture, l’autre au design graphique.

Son univers, pluriel, se partage entre le minéral (la matière), l’organique et la symbolique cartésienne.

Ses peintures, sorte de ring à peau humaine, théatre de mise en scène mettant en oeuvre des formes instantannées (organiques) jalonnées par un système de symboles géométriques. ses toiles expriment un système de pensée de synthèse avec parfois l’empreinte de la» Figure» (témoin du passage, de la trace, de l’homme). Cette vision de dimension métaphysique se rapproche d’une écriture archaïque et numérique.

Evocation d’un monde lymphatique, ambré et aléatoire évoluant dans une trame binaire régie par des règles mathématiques .

Certaines toiles peuvent êtres les actrices de Tragédies ( un jour, un lieu, une action) en un acte ,
d’autres demanderont à vivre plusieurs scènes, absorbant à chaque rencontre une énergie capturée en deux dimensions.

Ce cumul de strates donnera vie à celles-ci. Son travail sériel lui permet de créer un vocabulaire propre incorporant ses valeurs liées aux forces primaires, ses» motifs» rupestres et son rôle social numérique. Vocabulaire qui une fois affranchi (destinée) n’aura pour règle que d’étre mixé à ses pulsions inconscientes et à son libre arbitre.


Vincent Manouvrier ou les apparitions

Vincent Manouvrier par Jean-Paul Gavard Perret - 10 Novembre 1997

Il reprend la cible là où Jasper Johns l'a laissé.
Il reprend la cible pour mieux la traverser.
Le cercle mangé est recouvert. Dans la répétition.
La couleur et la matière. Personne en ce lieu. La paix insupportable.
Le lieu rien que le lieu. Derrière le décor, un autre inconnu.
Le cercle comme un hublot. L'immobile passage.
Tout mangé, tout recouvert, le cercle. Voir à travers lui.
(Le cercle de l'être). Bien d'autres choses encore.
Le mouvement immobilisé découpe, à l'intérieur,
d'autres formes, d'autres surfaces.
Il y a le rouge (contre le vert de Johns).
L'ombre ajoute l'incendie. L'image se replie.
Le décor est nu, une sorte de désert. Un geste comme innacompli. (inachevable, inachevé).
D'autres formes derrière. Mais le cercle en sa force vitale.(Le reste est un détail)
Le cercle, la cible, le désastre, le désoeuvrement cher à Blanchot.
Cette avancée dans la matière, dans la couleur.
(La peinture ne cherche plus une noyade)
Il n'existe que ce silence, la peinture du silence.
L'image portée au rouge. L'image comme un linceul et comme
une possible renaissance.
(Pas n'importe quelle image, décidément).
Irrécusable et indécidable.
Cette quête de l’impact (au centre du cercle, au centre de la cible).
Dans le rouge et dans l’”inacompli” - du moins ce qui est représenté comme tel.
cette syncope de matière qui attise la curiosité.
Une mise à l’épreuve. Le cercle tend à l’hypnose,
mais le peintre casse.
Une dernière fois quelquechose s’immobilise et que nous aurions peut-être dû voir, avant.
(Mais qui sait si nous ne l’avons jamais vu?)
Cependant désormais, c’est le cercle qui nous regarde.
Dans le ventre de l’image. Ou quelquechose de plus primitif encore.
Ce rouge (vaginal) qui descend.
Il n’y a qu’une seule image. Qui se répète
(“au commencement la répétition” disait déjà Henri Michaux).
L’acte mythique de refaire trace, de faire face.
Et cet aveux muet. Qui éclate.
Autour de çà, l’ombre qui ne cesse de battre.
Le cercle dans sa répétition, comme un miroir.
Un centre jamais atteind. Une absence aussi.
Suair peut-être en filigranne.
(et le complexe de Jésus pour celui qui regarde).
Le cercle travaille, tourne autour du corps. Ailleurs encore.
Cet amoncellement. Ce retour amont. Cette répétition.
Cet amoncellement. Cette répétition. Nous y sommes sans y être (invité).
C’est à dire parce que nous y entrons par un désir qui subsiste, un désir de subsistance.
Une image où tout fini, où tout commence.
Dans la précision (en abîme) d’un décor qui ment:
il y a ce qui se voit et tout ce qui ne se voit pas.
Il y a le lissé (la feinte), il y a la matière (qui laisse voir).
Alors imaginer le reste.
Le cercle. Le trou de l’àme. Cela l’obscène. Indécidablement.
Ceci est un corps. Tout déjà.
La conscience d’une torture et un moment de gràce.
Il reste dans cette technique,
dans ces “états” quelquechose attaché à l’acte.
De l’origine du monde. Ici où là-bas. Traces. Textures.
Quelquechose d’intime dans l’étrangeté de cette distance.
on ne peut que contourner le cercle, on ne peut rentrer dedans.
L’image comme une cible.
L’image qui nous regarde.
Et autour de çà, l’ombre qui ne cesse de battre ...

 
 

Analyse esthétique de l'oeuvre ou une genèse en marche

Vincent Manouvrier par Emmanuel Lacroix - 19 février 2003

Quand je regarde la peinture de Vincent Manouvrier,je ne puis m’empécher de penser immédiatement au premier chapitre du Tao Te King de Lao Tseu(assez voisine d’ailleurs de la sensibilité métaphysique des premiers versets de l’evangile de St Jean)dont voici une très belle traduction à mon sens :

Le SENS que l’on peut exprimer n’est pas le sens éternel .
Le nom que l’on peut proférer n’est pas le NOM éternel
J’appelle le " non-être "le commencement de Ciel et Terre.
J ‘ appelle " être " la Mère des etres individuels
Se diriger vers le Non-être,
Amène à contempler l’essence merveilleuse,
Se diriger vers l’Etre,
A contempler les limitations spatiales.
Tout deux sont originellement un
Et par le nom seul diffèrent.
Dans son Unité cet Un est mystère.
Mystère des mystères
Est la porte par où surgissent toutes merveilles.’


Comme ce n’est pas très sage de prétendre traduire les merveilles du sensible par des biais intelligible,j’ai besoin de vous citer souvent les témoignages universels de grands sages comme des métaphores du domaine esthétique,mais Vincent Manouvrier qui lui est très sage,accomplit cette sagesse et la " fait "dans tous ses tableaux sans jamais nous la " dire " .
" Entre la pensée et l’action ,il y a un pas : la civilisation. "
Vincent Manouvrier est un peintre alternatif au vrai sens du therme ,c’est- à-dire : alternativement de l’ "agir " et du "non-agir ".
De l’agir : action de peindre pour ne pas dire "action-painting " à l’instar d’une pulsion inconsciente ,du pas dans la course,dans l’urgence,à contrario du pas ordonné et tranquile du Kouros grec,en pleine conscience, –lui-même héritier de la grande Egypte-,comme le Kin-Hin du Za -Zen (le miracle de l’homme en marche relié à l’univers par la seule présence à cet état : la civilisation en communion avec le comos dans la propre conscience de sa démarche -grand principe aristotélitien de l’eveil suprême : la réalisation terrestre d’une humanité dans le bonheur en marche,stable et serein , ici et maintenant,et dans la conscience du parcours accomplit –Hier, Rodin,visionnaire évoquait les prémice de la démarche inquiétante d’une société obligée à sa destinée industrielle incarnée par le model archetypal du Kouros dans son "homme qui marche "… Comprend qui peut,comprend qui veut !… Mais revenons à la démarche de Vincent M. qui ne manque pas d’intérêt à ce sujet de fond, et ceci à plusieurs degrès de lecture de son œuvre,nous allons voir…
Du fameux "non-agir " oriental :ce que fait l’artiste quand il ne paint pas :le " non-peindre" ,d’une part,et,d’autre part l‘attitude mentale qui le prédispose à peindre , comme miroir réfléchissant de la première condition , au dit rendez-vous avec le passage à l’acte..
Le "non-peindre " : ou de la fidélité à un archétype social comme cadre de vie(son travail) , réfléchie dans sa production par cette même fidélité au format carré,grand archétype universel géométrique ,lui-même représentant d’un archétype numérique symbolique, formulation spaciale d’un idéal universel,comme réceptacle symbolique d’une pensée livrée en offrande,aux dieux ,à l’ univers,au cosmos,espace d’harmonie et de purufication-le jardin,la cour,le bassin carré,la base ou la face terrestre des pyramides,le ring,etc-,espace ou se rencontrent ciel et terre,dimension de pleinitude,limites du sacré.C’est au travers de cette fidélité rigoureuse et spirituelle que Vincent Manouvrier peut livrer bataille et s’épanouir au gré des contingences d’une réalité en perpetuel mouvement . C’est dans ce contexte qu’ il est prédisposé à la sincérité de son comportement sur la toile : "Celui qui est fidèle au grand archétype,le monde vientà lui" (Tao Te King). Ainsi la peinture vient à lui comme les pensée spontanée dans une pratique méditative.
D’autre par,il nourrit sa propre nécessité de peindre au " travail ",comme on dit, -le " job "-, au cour des rendez-vous,avec les clients, les amis,les emmerdeurs,avec la vie en somme,tout ce " bordel organisé " de la vie. Sa peinture exprime ,à l’ instar d’une certaine tournure de l’ esthétique contemporaine, une révélation nécessaire:celle d’ un chaos originel , dans l’ ordre apparent du monde. Tandis que l’ histoire de notre civilisation ,jusqu’à notre âge industriel de la consommation,s’est évertué à organiser l’esthétique strictement contraire :l’ordre caché dans le chaos (il en est de même, dans le domaine des sciences et des autres arts poétiques). Cette tendence exprime sans doute la nécessité incosciente d’un retour aux sources.Chez Vincent Manouvrier cette sensibilité jaillit sous la forme d’un journal spontané de ses sensations,les plus enfouies,les plus banales,prenant racines dans les diverses strates du monde sensible (organique, numérique, rythmique,minéral,synthétique, virtuel, affectif, psychique, chmilblique et que sais-je encore ?) .
Ainsi, il conditionne cette nécessité de peindre, la façonne au rythme et à la mode de son quotidien ,la contient comme un souffle retenu,ou comme le sage fait abstinence avec sa folie douce,plutôt furieuse semble-t-il. Cette seconde attitude ,complémentaire à la première, est aussi nécessaire que structurente pour sa production .Il s’agit là sans doute d’une caractéristique essentielle de son œuvre et néanmoins énigmatique puisqu’elle constitue une grande part de son originalité . En ce sens, il incarne probablement un specimen encore assez rare et précurseur d’une génération latente d’artistes contemporains dans notre civilisation ,actuellement à l’aube de grandes mutations aussi diversifiées qu’inattendues.J’appellerais vonlontier cette nouvelle famille d’artistes nos " néo-primitifs ".Qu’est-ce qu’un art primitif ?
A ne pas confondre avec " art brut ", même s’il y a de l’art brut dans cette forme d’art primitif que nous délivre Vincent Manouvrier. Un primitif est un artiste dont les meurs et l’ activité ne sont pas exclusivement voués à un production d’une œuvre poétique mais dont l’ensemble globale d’orientations complémentaires et diverses d’ activités sociales donne souvent une dimension sinon plus ou moins métaphisique ou philosophique ou religieuse,du moins fondatrice d’un style du vie et de forme à la charnière d’une époque naissante.Ainsi,Giotto,Fra angélico…sont des primitifs dans la mesure où ils ne sont pas que des grands peintre mais aussi,th dans la mesure où c’est une attitude, une tournure d’eséologien ou moines ou artisants,etc… C’est dans cet esprit, fidèle à l’intégration du corpus social, dans une dimension appliquée , que travail le primitif,fidèle à un archétype de vie commune et non d’ une position marginale de l’artiste vis à vis du commun,fidèle à la marque déposée de son style, de sa vision du monde) . C’est la fidélité à un style de vie – dans son acceptation-qui conditionne l’évolution du langage poétique et non la fidélité à un style poétique qui favorise l’évolution d’un style de vieAinsi , à partir d ‘un univers social commun auquel Vincent Manouvrier participe lui-même de manière appliquée-de la "main de l’ouvrier " - Vincent Manouvrier nous recrée l’histoire de son univers intime et originel qui "le" crée et d’un univers plus global qui "nous " crée dans un ordre établit en perpetuel rendez-vous avec le suivant…


A suivre…